Marches et Dérives

Chorégraphie Création sonore

Images

Le rythme des arpenteurs



La chorégraphie du projet Relevé de Terrain est une réflexion sur la façon dont nous interagissons avec des espaces qui sont caractéristiques du milieu où on vit. Je propose à des participants de faire le relevé d'un parcours, de mesurer comment le territoire les affecte ou comment ils projettent leurs états dans l'espace. Nous sommes sur la Côte-Nord et j'ai pré-sélectionné des sites où les gens d'ici ont marché pour s'égarer pendant un moment. En demandant aux participants de noter leurs impressions dans un carnet, au hasard des pauses dans leur chemin, j'espère traquer la pensée qui dérive.

Les dessins, les réflexions, les associations, la description des sensations inspirent la création de séquences de mouvement. Le solo est un condensé d'expériences de plusieurs individus. J'espère arriver à ce qu'on puisse suivre la soliste dans sa propre dérive, à chaque instant. Dans son corps articulé, on peut lire où se place sa conscience et comment son corps prends l'espace.

En regardant les "arpenteurs" marcher, s'arrêter et écrire dans leur carnet, j'ai vu des corps sensibles qui se manifestent dans le regard, dans la respiration, dans le temps pris à regarder une chose et puis une autre, dans le rythme des départs, des arrêts, des hésitations. C'était discret et inspirant et cette qualité de présence est le véritable point de départ de cette chorégraphie.



Travail en studio


Karine calque un dessin tiré d'un des carnets sur notre carte de travail, une sorte de résumé graphique des éléments avec lesquels on décide de travailler.

3 juin 2006
- Nous sommes entrées en studio le 1er juin, Karine et moi, après avoir fait un premier repérage à la Moisie mercredi après-midi. Quel contraste. Le studio du Centre socio-récréatif de Sept-Îles ne m'est jamais apparu si clos, un vrai bunker de béton sans fenêtre avec des bruits de ventilation très présents. Karine a manifesté l'envie d'aller travailler dehors. Peut-être est-ce une bonne idée? Le bunker nous force à travailler avec la mémoire des sensations de nos marches et des impressions recueillies dans le carnet, un certain isolement des idées.


Karine, dans la séquence des “racines”.

De ma première lecture des carnets je tire quelques premières impressions de calme et de sérénité mais aussi un mélange des usages humains qui contrastent parfois de façon violente: des déchets qui s'incrustent "comme des blessures" et aussi la conscience d'une force tranquille mais puissante des éléments quelque chose qui nous dépasse dans le temps. Je pense que plusieurs ont ressenti "une bonne dose d'humilité" ce que Louis avait partagé l'an dernier dans son témoignage pour le projet l'Échelle humaine.
(www.echellehumaine.ca > projets > cartographie > secteur Moisie > témoignage numéro 3)

Julie Lebel, Sébastien Cliche et Christian Miron dans le studio de répétition. Chaque objet chorégraphique doit trouver son équivalent dans la trame sonore.

J. Lebel

Négocier l'espace avec le public

Le corps de l'interprète se voit de près, dans une salle intime; une relation directe se négocie avec le public. L'interprète donne aux spectateurs le temps d'arriver, de regarder le grand et le détail avant de s'engager dans une série de mouvements qui font appel aux sensations tactiles. L’utilisation des mains devient un motif récurrent. Dans la séquence suivante, le mouvement s'étend dans son corps en entier, son équilibre est constamment ébranlé et elle négocie les réajustements. Les séquences sont placées les unes après les autres comme un objet sur lequel notre attention se serait posée lors d'une marche. Par exemple, la séquence du déséquilibre s’inspire d’un moment sur la rive des chutes Manitou passé à regarder des cailloux rouler et trouver un autre point d'encrage après qu'on les ait bousculés de la main. Des notes de la sorte tourvées dans les carnets des participants ont servi de matériaux à la composition des séquences.





Extrait de la vidéo qui accompagne la chorégraphie.

Notre rapport à l'environnement est peut-être plus intime que ce que nous osons imaginer. Nous projetons notre état d'esprit dans l'espace et les objets qui nous entourent et on laisse des parties de notre identité dans les lieux où on a vécu. Mais aussi, nous en gardons une empreinte, si bien qu'il est difficile de distinguer les espaces extérieurs et intérieurs.

Karine en répétition à la Chapelle du Vieux Poste.



Extraits


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